Revue littéraire : Un bon fils de Pascal Bruckner

Revue littéraire : Un bon fils de Pascal Bruckner

La revue littéraire de la semaine

Revue littéraire : Un bon fils de Pascal Bruckner

Pour ceux qui ne me connaissent pas, je suis une passionnée de littérature. Chaque semaine je ferai une revue littéraire pour vous faire découvrir un roman qui m’a marqué, autant pour sa qualité que sa médiocrité (ne faisons pas de jaloux). Pas snob pour deux sous, je dévore autant du Stephenie Meyer (Twilight, les amis, Twilight) que du Albert Camus (L’Etranger).  Cependant, le dernier livre que j’ai lu n’a rien à voir avec des vampires.

Revue littéraire

Pascal Bruckner est déjà un écrivain et un philosophe accompli, dont la réputation n’est plus à établir. Issu d’une famille chrétienne, Pascal passe son enfance entre l’Autriche, la Suisse, et la France. « Un bon fils » est une autobiographie poignante qui retrace son histoire, mais aussi sa relation compliquée avec son père.

Pascal tient sa santé fragile de sa mère, sa hargne de son père. Né en 1948 à Paris, ses parents l’envoient en Autriche soigner ses poumons. Il se souvient d’une enfance heureuse à la campagne, adulé par sa mère, entouré de ses amis. Durant l’hiver, il chante la gloire de Dieu d’un allemand approximatif. Son père, René Bruckner, ingénieur diplômé de l’Ecole des Mines de Paris, est un raciste convaincu, un pro nazi qui adule Hitler. Il insiste pour que Pascal parle l’allemand et haïsse les juifs. C’est ainsi que chaque soir, le jeune Bruckner prie le Seigneur pour que son père meure. Bien que jeune et insouciant, il ressent très vite une rage et un mépris vis-à-vis de son géniteur qui maltraite sa mère. Pervers et névrosé compulsif, René ne rate jamais une occasion d’humilier sa femme. Pascal se rappelle de dîners familiaux où René, tel un acteur de la Comédie Française, hurlait sur sa femme devant des convives gênés, se gorgeant de l’intention des autres, et de la peur de son épouse.

Mais « Un bon fils » retrace aussi les liens étroits qui lient les membres d’une famille. Pascal a beau haïr son père, il recherche quand même son approbation. « Rien de plus difficile que d’être père : héros, il écrase de sa gloire ; salaud, de son infamie ; ordinaire, de sa médiocrité ». Pour faire cela, il cherche à le contrarier, et fera tout pour être son contre-modèle : « Je suis sa défaite ». Mais Pascal se rappelle de moments presque touchants où René, horripilé à l’idée qu’on associe son fils à la communauté juive, épluche ses écrits et les articles parlant de lui pour corriger l’erreur. Pascal se rappelle aussi de sa mère, fragile, attrapant toutes les maladies possibles et imaginables. Plus elle était maladroite, plus son époux la maltraitait, et plus elle était malade, et plus il se plaignait. Ils cherchaient autant à se faire souffrir l’un que l’autre, mais ne se séparèrent jamais, malgré les nombreuses maitresses de René. C’est pourtant de manière plutôt paradoxale qu’il s’occupa de sa femme avec tendresse et dévotion les derniers mois de sa vie.

Ce roman des origines traite surtout de l’amour inconditionnel d’un fils pour son père. Pascal sera l’élève de Jankélévitch et de Barthes, le meilleur ami d’Alain Finkielkraut ; associé aux « intellectuels juifs » auxquels il s’identifie sans l’être, il aimera des femmes aux racines éloignées, sera un père aimant mais absent, un écrivain reconnu mais pauvre. Il ne cessera d’éviter et d’haïr son père, (dont les idéaux racistes ne disparaitront jamais), sans pour autant se résoudre à ne pas l’aimer. Vers la fin de la vie de René, l’auteur acceptera enfin le comportement de son père. Plutôt que de le haïr, il décidera de le regarder d’un air lointain et détaché, presque affectif.

Conclusion de la revue littéraire

Ce roman autobiographique est en fin de compte un aveu. L’aveu d’un fils qui n’aura jamais cessé d’être « bon » pour faire plaisir à son tyran de père. Un fils qui n’aura jamais cessé d’aimer son géniteur malgré la colère et le mépris.

Je le recommande vivement !

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